Introduction Contribution aux Etats Généraux

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Repolitiser l’action sociale, c’est l’histoire d’une rencontre, fondée sur une conviction, portée par une visée, affirmant une posture et définissant une stratégie :

1. Une rencontre

Durant l’été 2011, quatre personnes se sont rencontrées autour d’une idée. Leur point commun était d’avoir écrit et publié aux éditions Dunod. Cela a donné un texte : la tribune « Repolitiser l’action sociale » publiée dans les Actualités Sociales Hebdomadaires le 16 décembre 2011. De ce texte est né un réseau de personnes souhaitant réfléchir ensemble. Un second texte, signé cette fois de onze personnes, a été publié dans le même journal le 7 juin 2013 : « Repolitiser l’action sociale pour une société solidaire ».

L’intelligence, c’est la rencontre. Une rencontre qui assume la diversité, le croisement des idées, la confrontation. A l’inverse, la juxtaposition c’est la bêtise. C’est cette juxtaposition qui entretient un dispositif français d’intervention sociale en « tuyaux d’orgues » ou en silos – accolant des politiques sectorielles sans les relier entre elles – qui isole, met les acteurs en compétition ou en concurrence.

2. Une conviction

Notre conviction commune : L’action sociale est politique.

Cela signifie qu’elle n’est pas résistance mais contribution à la construction sociale. Qu’elle n’est pas à côté de la société mais en son cœur. Qu’elle n’est pas opposée aux mouvements de la société mais influente sur sa construction. C’est en cela que :

  • Repolitiser l’action sociale veut être force de proposition et non une simple dénonciation ;
  • Repolitiser l’action sociale parle à partir de la position professionnelle de ses membres mais non en référence à leurs institutions d’appartenance. Il s’agit, pour le réseau, de dépasser et de déplacer les postures.
  • Repolitiser l’action sociale s’inscrit dans le mouvement silencieux de la transformation du monde.

 

3. Une visée

Notre visée partagée : Réencastrer le social dans la société.

Le travail social est économique (et réciproquement). Il s’agit, pour nous, de banaliser le travail social, d’en faire une activité sociale ordinaire. Cela suppose de faire du droit commun le socle de l’action sociale.

Ce sont là les conditions d’une « société de contribution » telle que l’appelle de ses vœux Bernard Stiegler dans une récente interview dans l’Express (n°3245 du 11/9/2013) : « Un nouveau modèle industriel, fondé sur une économie de contribution doit être mis en œuvre par la France et l’Europe. Les réseaux numériques ne fonctionnent que parce que les internautes alimentent le Web. Cette infrastructure rend possible une économie de partage des savoirs. » C’est ainsi que nous développerons la capabilité – ou capacitation – des personnes : par un partage des savoirs.

4. Une posture

Comme l’indique Bertrand Dubreuil, nous sommes dans une posture « d’acteurs impliqués et d’observateurs analysants ». Acteurs impliqués : nous parlons depuis notre position professionnelle qui engage notre responsabilité. Observateurs analysants : nous parlons aussi depuis notre position de citoyens engagés dans le mouvement social.

« Quelle que soit la place que l’on a dans l’action sociale, acteur au sein des organisations de travail, professionnel, bénévole, formateur, consultant, auteur producteur d’analyse, il faut :

  • A la fois tenir cette place dans un système d’action, en pleine responsabilité, avec les insatisfactions que cela comporte, mais, je dirai, sans s’exonérer d’y participer ;
  • Et à la fois assumer l’engagement citoyen qu’on y éprouve compte tenu de ce que nous y observons.

La lucidité sur le paradoxe que cela constitue est la condition de l’utilité sociale des analyses que nous développons. » (Bertrand Dubreuil)

C’est cette lucidité décrite par Bertrand qui nous invite à dépasser nos intérêts, nos représentations et à sortir de la plainte, de l’idéalisme, de ce qu’il nomme « l’impuissance résistante ».

5. Une stratégie

Repolitiser l’action sociale entend prendre en compte la dimension politique de son discours, la dimension politique du discours des membres de son réseau :

  • « Un discours qui ne peut être en ligne droite, ignorant des contingences du réel. » Un discours qui consiste « à construire des compromis avec les obstacles pour modifier la réalité, à procéder par réformes successives, toujours partielles, parfois boiteuses. » (Bertrand Dubreuil) Autrement dit, un discours qui signifie cette volonté de s’inscrire dans le mouvement silencieux des transformations du monde dont nous parlions plus haut.
  • Un discours en phase avec les souffrances et les préoccupations des habitants, « dont l’orientation soutenue n’est pas seulement celle des techniciens avisés que nous pensons être. » (Bertrand Dubreuil)

L’enjeu, pour Repolitiser l’action sociale, est de construire un discours en surplomb des « complaisances tactiques » dont parle Bertrand Dubreuil.

Les deux tribunes publiées dans les ASH affirment cette posture :

  • Elles affirment l’utilité sociale de l’action sociale mais en refusant qu’elle ne serve qu’à contenir les publics déversés par l’exclusion du droit commun et par les mutations socio-économiques (Cf. Pierre Savignat, L’action sociale a-t-elle encore un avenir ?, Dunod, 2012).
  • Sur cette base, qui forme le cadre théorique de notre problématique, « il nous faut développer un corpus d’observations et d’analyses qui surplombe [nos] positions respectives. » (Bertrand Dubreuil)

Ce sont là les conditions pour constituer un laboratoire d’idées. « Nous devons produire des textes théoriques qui ouvrent des perspectives de pratiques alternatives, textes critiques mais aussi textes programmatiques. Mais, plus difficile peut-être, nous devons nous positionner sur les évolutions en cours… » (Bertrand Dubreuil)

C’est donc sur ces bases que nous pouvons apporter notre contribution aux Etats Généraux du Travail Social. Il s’agit, nous dit le plan quinquennal de lutte contre la pauvreté de « Refonder le travail social » :

« Les évolutions des politiques sociales ces quinze dernières années questionnent et bousculent les pratiques traditionnelles de l’intervention sociale. La demande de travail social évolue, la posture traditionnelle des professionnels est remise en cause : on leur demande d’être à la fois experts des dispositifs, capables de construire des réponses individualisées, en prenant appui sur les  compétences, les attentes et le rythme de l’usager, efficaces dans le traitement de masse des demandes et capables de s’inscrire dans des démarches collectives de développement social territorial.

Ces injonctions, associées à des organisations du travail et des pratiques de management qui peuvent contribuer à isoler les travailleurs sociaux, peuvent être sources de repli et d’usure professionnelle. Elles peuvent également être sources de malentendus sur les responsabilités des travailleurs sociaux dans la mise en œuvre des différentes politiques sociales. » (Plan pluriannuel de lutte contre la pauvreté et pour l’inclusion sociale)

Il y a 31 ans, Nicole Questiaux, dans sa circulaire « Orientations pour le travail social » situait déjà trois importances pour donner une définition des nouvelles formes d’action sociale et de travail au service des citoyens :

« Importance, parce que cette action s’applique à lutter contre les conséquences d’un système dont nous héritons. Système qui accroît les inégalités, broie l’individu le plus faible et néglige le collectif. Précarité, marginalisation, handicap, conditions de vie difficiles, sont des réalités quotidiennes.

Importance, parce que l’action sociale ne s’adresse pas seulement aux exclus de la société ou aux déviants. Elle concerne aussi la vie quotidienne de larges fractions de la population, qu’il s’agisse de modes de garde des enfants, de l’aide aux personnes âgées, de l’insertion sociale et professionnelle des handicapés, de la formation professionnelle des jeunes, de l’animation sociale...

Importance, parce que ce type d’intervention peut être un facteur de vie démocratique et de changement s’il passe par des institutions adaptées, capables d’évolution, par des acteurs motivés, et s’il permet aux individus et aux groupes plus de responsabilités et de maîtrise de leur devenir. » (Circulaire « Orientations principales pour le travail social », 28 mai 1982)

Qu’en est-il aujourd’hui ? Les enjeux de participation de tous à la délibération démocratique sont exacerbés par les questions d’exclusion économique décuplées par la crise et celles des migrations résultant des grands déséquilibres planétaires. Dans ce contexte, un procès est instruit à l’encontre du travail social. On lui reproche – comme l’écrivait déjà la ministre en 82 –, « de coûter cher, trop cher, dans une période de crise économique, d’être inefficace techniquement. » La légitimité des professionnels du travail social reste profondément interrogée. Là aussi, on pourrait croire que la circulaire de 82 a été écrite cette année. « En premier lieu, nous devons faire lucidement le constat d’un très grand cloisonnement institutionnel, d’une segmentation des professions sociales et donc de l’hétérogénéité des statuts qui font de la « gestion » de l’action sociale une tâche extrêmement ardue, et rendent difficiles aux travailleurs sociaux les évolutions et adaptations personnelles… » Enfin, le constat à dresser sur les articulations actuelles entre les institutions du travail social montre que les ambitions de 1982 n’ont pas été satisfaites : « La complémentarité doit passer par une meilleure définition de la dimension associative, mais aussi du rôle des pouvoirs publics. (…) Elle ne signifie nullement que l’État démissionne de ses propres responsabilités. »

Ces questions sont donc d’une brûlante actualité… depuis 31 ans ! Raison de plus pour nous saisir de l’opportunité de prendre position dans ce qui sera, si nous nous mobilisons, un temps fort de délibération démocratique.

 

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