Autisme et psychanalyse

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Sous l’influence des lobbys adeptes du comportementalisme dans le traitement de l’autisme, une résolution a été soumise à l’Assemblée Nationale visant à interdire la psychanalyse dans le traitement de l’autisme. Rien moins qu’une centaine de députés « Les Républicains » avait signé le texte controversé qui, finalement, n’a pas obtenu de majorité.

Il n’empêche ! Quelque chose d’inquiétant se déroule sous nos yeux. Le projet avorté préconisait :

  • De « réallouer en totalité les financements des prises en charge n’étant pas explicitement recommandées aux approches validées scientifiquement et ayant fait preuve de leur efficacité » ;
  • Que « les recommandations de la Haute Autorité de santé de 2012 soient juridiquement contraignantes pour les professionnels » ;
  • De « faire cesser immédiatement la violence institutionnelle que subissent les personnes autistes » entendant par cette expression la prise en charge d’enfants dans des établissements pratiquant autre chose que les méthodes ABA, Teacch, PCS et consorts ;
  • D’obliger la Fédération française de psychiatrie à renoncer « officiellement au packing, à la psychanalyse et à toutes les approches maltraitantes » ;
  • D’engager « la responsabilité pénale des professionnels de santé qui s’opposent aux avancées scientifiques et commettent des erreurs médicales en matière d’autisme » ;
  • Et enfin, que le Gouvernement français condamne « fermement » et interdise « les pratiques psychanalytiques sous toutes leurs formes, dans la prise en charge de l’autisme car n’étant pas recommandées par la HAS. »

Vu sous l’angle des instigateurs de ce mouvement positiviste, le monde est simple. Il suffit d’appliquer la « bonne méthode » et d’interdire toutes les autres. Il n’y a ni alternative, ni zone grise, tout est binaire, blanc/noir, vrai/faux, bon/mauvais. Et ceux qui s’éloigneront du droit chemin ainsi universellement tracé engageront leur responsabilité pénale comme le préconisait la résolution.

A partir du moment où la vérité est (enfin) découverte, il faut punir ceux qui, par goût du passé (les résistants), archaïsme (les anciens) ou erreur (les « pêcheurs ») refusent de se soumettre aux seuls comportements, pratiques et techniques autorisés. Ce système porte un nom : dictature.

Certains défenseurs avisés des méthodes cognitivo-comportementales expliquent qu’il s’agit là d’une réaction à la dictature longtemps exercée par la psychanalyse dans le secteur médico-social. Est-on obligé de remplacer une doxa par une autre pour avancer sur les chemins ambigus de la connaissance ?

C’est aux équipes de terrain qu’il faudrait donner la parole et non aux fondamentalistes d’un camp ou de l’autre qui alimentent de stériles querelles. En effet, les pratiques éducatives et pédagogiques locales sont rarement monolithiquement référées à une seule école. Elles combinent astucieusement des manières de faire qui se référent tant aux théories de l’inconscient qu’aux processus développementaux. Cette démarche n’est pas toujours explicite mais participe de cet art du bricolage propre à ces métiers impossibles de l’éducation.

Se priver des méthodes de stimulation cognitive, c’est amputer l’accompagnement des personnes avec autisme de l’essentiel du processus éducatif : apprendre, apprendre à vivre, apprendre à s’adapter. Mais interdire à toute personne d’être aussi reconnue comme sujet, inscrite dans des phénomènes complexes de transfert et de contre-transfert, là où l’inconscient agit, c’est priver l’être humain de l’essentiel du processus vital.

La question ne se pose donc pas en termes de comportementalisme « ou » psychanalyse mais se pose quant à la manière d’articuler ces deux dimensions de la personne humaine.

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