Capharnaüm

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L’image est percutante. Celle d’un très jeune garçon, sans âge officiel, menotté qui porte plainte contre ses parents de l’avoir mis au monde. L’action se passe dans la ville de Beyrouth, au cœur d’un Liban ultra-urbanisé où la population migrante, issue de l’Afrique Saharienne et de la Syrie croit de jours en jours, provoquant l’éclosion de taudis un peu partout et le développement de pratiques mafieuses voire esclavagistes. En quelque sorte, ce titre énigmatique « Capharnaüm » poste la question du chaos annoncé de ce déferlement de misère et de pauvreté dans un pays aussi petit, qui tente de se redresser économiquement au cœur de l’enclave moyen-orientale.

Zaïn est le petit héros de cette saga sociale a priori pessimiste et désespérée. Il vit dans une famille maltraitante, du moins acculée par la pauvreté à l’irresponsabilité parentale, qui décide de marier leur fille de 11 ans à un marchand adulte de la ville. Le petit homme, illuminant d’énergie et d’intelligence, décide de se sauver de la blessure provoquée par l’abandon de sa sœur aux mains de cet homme et de gagner la liberté. Il rencontre une travailleuse clandestine éthiopienne qui lui servira de mère de substitution, tout autant que son propre bébé deviendra son petit frère de cœur.

Un tel film sent le mélo à plein nez. En réalité, la mise en scène dense et nerveuse permet d’échapper totalement au risque du drame larmoyant. La réalisatrice choisit un ton volontairement politique pour décrire et donc dénoncer une immigration syrienne et africaine trop importante, dans un monde où les dits pays occidentaux s’évertuent à faire reposer la responsabilité des flux migratoires sur les pays les plus pauvres.

Le film est digne et fort. Cette dignité est rendue par l’interprétation des comédiens absolument incroyable, particulièrement le petit Zaïn qui tente de donner un sens à sa vie. Pour autant, personne n’est dupe que ce garçon est un personnage de fiction. Cela ne manque pas d’inspirer un sentiment de révolte sur la dramatique question des enfants des rues, à l’heure notamment de la radicalisation religieuse et des risques que le monde encourt à abandonner ses petits adultes de demain.

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