Notre position à l’occasion des Etats généraux du travail social

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Repolitiser l’Action Sociale pour agir sur la société dans une perspective citoyenne et solidaire

L’action sociale, c’est aujourd’hui plusieurs millions d’usagers,  plus d’un million de salariés, 100 milliards d’euros annuellement. Les budgets connaissent depuis plusieurs années une croissance supérieure à celle de la richesse nationale, qu’il s’agisse des finances sociales  de l’Etat, des départements ou des communes, tandis que les problèmes sociaux pour lesquels l’action sociale est mobilisée s’accroissent, qu’il s’agisse de tendances lourdes (vieillissement, augmentation des maladies chroniques) ou de l’impact de la crise (chômage, pauvreté, échec scolaire, crise du logement). L’action sociale ne pourra indéfiniment pallier les problèmes que la société produit par ses dysfonctionnements ou ceux auxquels elle n’apporte pas de réponses durables comme celui du vieillissement.

Repolitiser l’action sociale c’est alerter sur une situation qui n’est ni soutenable, ni durable, ni acceptable.

Repolitiser l’action sociale c’est afficher la volonté de rompre avec le bricolage politique, institutionnel et financier qui la domine depuis des années.

Repolitiser l’Action Sociale, c’est repenser ses modes d’organisation et ses finalités dans une perspective citoyenne et solidaire.

Repolitiser l’Action Sociale, c’est comprendre les tensions qui la structurent et l’insèrent dans les enjeux sociétaux et notamment ceux relatifs à une économie aujourd’hui dominée par la pensée néo-libérale.

Repolitiser l’Action Sociale, c’est dépasser l’indignation, la résistance comme les réflexes corporatistes pour contribuer au mouvement social, penser et agir collectivement, influer sur les processus en cours et saisir avec d’autres les opportunités qui construisent l’avenir.

Nous nous positionnons comme force de proposition pour une Action Sociale qui agisse dans et sur la société en combattant et réduisant les inégalités.

 

Les enjeux des Etat généraux du travail social sont une étape importante pour ouvrir ces débats :

 

Dans la présentation que fait la DGCS des Etats généraux, nous priorisons ces deux enjeux :

  • « Rendre les travailleurs sociaux acteurs des politiques publiques de cohésion sociale" – en redéfinissant l’approche des problèmes sociaux et des politiques à mettre en œuvre

  • « Faire évoluer le regard des travailleurs sociaux sur les usagers » – mais aussi le regard des décideurs et de la société.

A partir de ces deux enjeux nous énonçons nos convictions relatives aux 6 thématiques avancées.

 

Les thématiques

 

  • La place des usagers

  • La place des travailleurs sociaux par rapport aux autres types d’intervenants sociaux

  • Le management, organisation du travail et risques psychosociaux

  • L’organisation et la coordination interinstitutionnelles entre acteurs

  • La formation initiale et continue

  • Le développement social local / l’intervention collective en travail social

 

Nos positions

 

La place des usagers

Nous soutenons les avancées légales du droit des usagers comme condition d’une action sociale démocratique.

  • Condition impérative d’une participation à l’accompagnement dans un parcours de vie, le droit des usagers implique de penser la relation d’aide  sur le mode du « faire ensemble » au lieu de « faire pour ».

  • Condition citoyenne des politiques d’intégration et de promotion, le droit des usagers doit se traduire dans les pratiques en tant que développement du pouvoir d’agir de chacun.

  • Condition d’humanité et de bientraitance, le droit des usagers exige reconnaissance de la personne dans ses capacités et ses fragilités, auteur de son devenir.

Il faut confirmer ce droit, le développer par une pédagogie de la co-construction, par l’explication des attendus de la mission, par le dialogue autour des besoins et des attentes, par l’animation d’instances de concertation et de décisions partagées.

 

La place des travailleurs sociaux par rapport aux autres types d’intervenants sociaux

Nous affirmons la responsabilité des travailleurs sociaux dans la transformation sociale.

  • La revitalisation de l’action sociale comme levier de politique publique  les convoque à la responsabilité professionnelle et citoyenne de faire savoir ce dont ils sont témoins.  

  • Ils sont en responsabilité d’agir dans une volonté d’accès de tous au droit commun et de développement personnel, une visée d’égalité à l’opposé de politiques d’austérité qui aujourd’hui accentuent les injustices.

  • Leur connaissance des conditions de vie des publics fragilisés les met en responsabilité de participer à l’analyse des phénomènes sociaux, et de l’impact des politiques publiques, de s’investir dans les diagnostics et dispositifs territoriaux d’actions concertées.

 

Le management, organisation du travail et risques psychosociaux

Nous choisissons une organisation de travail fondée sur l’association des acteurs. Nous récusons  une organisation du travail fondée sur une vision technocratique ou/et concurrentielle, perspective mécanique incompatible au travail avec autrui.

  • Penser l’organisation de travail en action sociale, c’est associer à ses orientations les militants bénévoles, les professionnels et les usagers au travers de dispositions et d’instances de débats et de décisions.

  • Penser les risques psychosociaux, c’est assurer aux professionnels l’environnement nécessaire pour s’associer en équipe au service d’autrui : une identité repérée, une appartenance à un cadre référé, une continuité et une cohérence d’action, une responsabilité assumée.

  • Penser les politiques de solidarité, c’est associer les acteurs de la société civile en animant les modalités démocratiques de la construction collective : rencontres et consultations, concertation, analyses partagées, évaluation.

 

L’organisation et la coordination interinstitutionnelles entre acteurs

Nous croyons que le mieux vivre ensemble, plus que jamais, passe par l’articulation, l’interaction, l’interpénétration de l’associatif, de l’entreprise, des politiques, du bénévolat et des institutions sociales.

  • L’efficience de l’action sociale se joue au niveau local, elle convoque les acteurs à l’articulation opératoire de proximité, pour traduire, concrétiser, donner vitalité aux orientations nationales de politiques sociales.

  • L’efficience de l’action sociale ne relève pas d’une course à la performance mais de l’interaction des engagements, de la reconnaissance réciproque des initiatives des élus locaux, de  la société civile, du travail social, de l’entreprise.

  • L’efficience de l’action sociale suppose l’interpénétration des univers de pensée, celui d’un travail social en prise avec les conditions de vie de ses publics et celui d’une économie préoccupée du vivre ensemble, l’interpénétration du social et de l’économique par une reconnaissance réciproque des acteurs dans leurs modes de pensée et ses traductions opératoires.

 

La formation initiale et continue

Nous pensons que la formation initiale et continue doit privilégier une approche technique engagée, interdisciplinaire et collective.

  • A l’opposé d’une technologie procédurale oublieuse de l’interaction humaine, ce sont les savoirs et savoir-faire techniques et l’action collective en matière de travail avec autrui qu’il faut revitaliser.

  • A l’opposé d’une analyse aseptisée des problématiques qui renvoie la personne accompagnée à ses limites et reproduit dans la relation d’aide un rapport de domination, c’est un engagement conscient de la dimension politique du travail social qu’il faut soutenir.

  • A l’opposé d’une spécialisation qui catégorise les problématiques à l’infini, segmente les publics, clive les besoins, rompt la continuité d’existence, c’est une polyvalence interdisciplinaire, en proximité et respectueuse du projet de vie de la personne qu’il faut promouvoir.

 

Le développement social local / l’intervention collective en travail social

Nous voulons que les politiques publiques inscrivent le travail social dans le registre du développement social en proximité des besoins des publics, un travail social qui retrouve la latitude de l’action collective au-delà du traitement individuel des problèmes.

  • Le développement social local suppose la proximité aux besoins, la vitalité du lien social, la solidarité collective, le jeu démocratique, la vigueur du débat citoyen, l’argumentation des actes et des finalités, à l’opposé de l’instrumentalisation politicienne.

  • L’ingénierie sociale ne doit pas entretenir des collaborations artificielles, illusoirement consensuelles, mais servir l’expression des points de vue, reconnaître la conflictualité des intérêts, favoriser les prises de responsabilité, la recherche des compromis, pour construire des avancées collectives.

  • Le développement social local invite à s’engager personnellement pour entreprendre collectivement dans la diversité des rôles et en s’enrichissant des résultats concrètement observés, partagés avec les publics et les politiques.