Sauvage

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Il est jeune. Il n’a pas d’autre identité que celle d’un prostitué masculin, sur les bords de route, dépourvu de prénom, d’attaches familiales et amicales véritables. Il est sauvage, à la façon du petit héros de Truffaut, sinon qu’il est déjà adulte et qu’il a le langage. Manifestement, il est perdu. Son abandon du corps aux fantasmes multiples de ses clients ressemble plus à une conduite addictive qu’à un besoin véritable d’argent. Car il dort à même les rues, quand il ne passe pas la nuit chez un client croisé dans une discothèque ou dans les bois. Cette prostitution, c’est surtout un lent mais irrémédiable processus d’autodestruction que l’on connait bien chez les adolescents meurtris par la vie.

« Sauvage » est tout autant un film sur la prostitution, dans ce qu’elle de plus complexe dans le rapport au corps et à la soumission, que sur l’impossibilité des institutions médicales à appréhender la douleur des jeunes gens quand elle se précipite dans de tels extrêmes. Le réalisateur, qui signe sa première œuvre de cinéma, fait un film toujours à la limite de l’observation ethnologique et psychologique d’un prostitué, et de la variation fantastique des 1000 et 1 sexualités masculines. Pour autant, il ne tombe jamais dans la vulgarité avec toutefois le risque du voyeurisme. Parfois, le dégoût n’est pas loin quand les envies des clients rendent compte de forme de manipulations mentales et physiques, proches de la cruauté. Car notre héros est d’abord un garçon terriblement carencé. Si comme tout abandonnique, il se complaît dans le rejet et les amours impossibles, ce dont il manque le plus, ce sont des embrassades généreuses où il n’est plus question de sexe mais d’affection seulement.

« Sauvage » met en scène un médecin absolument merveilleux. La séquence qui oppose le jeune-homme et la praticienne médicale donne à voir ce que l’on peut espérer de mieux dans les soins apportés aux personnes prostituées et toxicomaniaques. Elle prend le temps d’écouter le corps, la parole, les émotions, tout en n’étant pas dupe que le combat est sinon perdu d’avance, en tous les cas très complexe. Le film raconte donc avec la précision d’un sociologue les impossibilités mêmes auxquelles les professionnels du social doivent faire face pour redonner vie à des êtres vulnérables, bousculés par la souffrance.

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